Père,
Un jour nouveau s’est levé au-dessus de ma demeure,
et avec lui, un souffle ancien a traversé cette petite ville que j’aime.
On la dit souvent chargée d’ombres, imprégnée des mémoires humaines les plus lourdes.
Mais dis-moi, Père…
quelle terre foulée par l’Homme pourrait encore prétendre être intacte ?
Je ne connais aucun lieu qui n’ait été touché par la chute de la mémoire.
Aucun sol qui n’ait reçu, un jour, la trace de la peur, du manque ou de la convoitise.
Car depuis longtemps, la main du Malin a murmuré à l’oreille de tes enfants
que le bonheur se gagne en possédant,
que la vie se sécurise en saisissant,
que l’amour se mesure à ce qui se retient.
Et l’Homme a cru.
Il a bu cette pensée comme une promesse flamboyante,
sans voir qu’elle était un feu dévorant.
Alors, croyant devenir maître, il s’est fait captif.
Captif de la matière.
Captif de la peur de perdre.
Captif d’un monde qu’il a fini par enfermer…
jusqu’à mettre la Terre elle-même en détention.
Père,
au moment même où cette idée fut absorbée par la conscience humaine,
l’étincelle divine a commencé à s’attiédir.
Non pas parce que Tu t’es retiré,
mais parce que l’Homme s’est détourné du Souffle
pour s’agripper à la forme.
Vœu de possession, quand tu tiens l’être…
combien tu l’éloignes de sa Source.
Combien de sang versé sur ce manteau terrestre.
Combien de cris imprimés dans les couches subtiles de Mère Gaïa.
Combien de mémoires traumatiques, effrayées, gémissantes,
ont pénétré son aura depuis la nuit des temps.
Et tout cela, Père,
au nom d’une illusion : croire que l’on peut posséder ce qui ne demande qu’à être aimé.
Mon cœur se voile lorsque mes yeux traversent ces paysages blessés.
Car même recouverts, même maquillés, même repeints,
les stigmates demeurent.
Ils appellent, silencieusement, à être reconnus.
Ils supplient la mémoire de revenir.
Père…
comment tes enfants ont-ils pu oublier à ce point
qu’ils étaient nés du Vivant
et non de la prise ?
La Terre pourtant chantait.
Elle exhalait mille parfums de vie,
dans une danse continue entre le ciel et la chair.
Je parle comme d’un passé révolu,
alors que cette mémoire n’a jamais quitté mon âme.
Elle y brûle encore, intacte,
comme une braise que nul vent n’a pu éteindre.
Peut-être suis-je traversée, en cet instant,
par ce mal doux et douloureux à la fois :
la nostalgie du missionnaire.
Non pas celle qui fuit le monde,
mais celle qui se souvient d’un Royaume
qui n’a jamais cessé d’exister.
Un appel à redevenir pleinement vivante dans l’Essence.
À servir sans s’élever.
À aimer sans retenir.
À marcher sur cette Terre
comme on marche dans un sanctuaire.
Être loin du temps.
Être proche de Toi.
Et me souvenir.
Au Coeur de l'Être _Valéria F.
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