CHAPITRE 2 — GUÉRIR LES MÉMOIRES D'IMPUISSANCE
Au fil des années, un constat s'est imposé à moi. J'ai observé que de nombreux thérapeutes hésitaient à approcher cette dimension particulière de l'accompagnement. Comme si la puissance vibratoire demeurait un territoire sensible, parfois craint, parfois évité. Pourtant, lorsqu'il s'agit d'accompagner une personne dans la libération de mémoires profondes, cette puissance devient indispensable. Lorsqu'un être porte en lui des mémoires de violence, de rejet, d'humiliation, d'abandon ou de domination, il ne porte pas seulement le souvenir d'un événement. Il porte également l'empreinte vibratoire laissée par cet événement. Ces mémoires continuent parfois d'agir silencieusement à travers des peurs inexpliquées, des blocages récurrents, des mécanismes de protection excessifs ou encore une difficulté à affirmer pleinement sa place dans l'existence.
Pour ma part, j'ai toujours décrit ce travail comme une libération des mémoires cellulaires. Pour qu'une mémoire puisse être transformée, il faut d'abord aller la rencontrer là où elle se trouve encore enfouie. Il faut descendre dans les profondeurs de l'histoire intérieure afin de toucher la vibration qui maintient encore la souffrance en place. C'est alors qu'intervient l'énergie de l'impact. Non pas pour écraser ou dominer, mais pour atteindre avec précision ce qui demeure figé. Comme une pelle qui vient déraciner une racine profondément ancrée dans la terre, cette énergie permet de soulever ce qui était resté enfoui afin de le mettre en lumière.
Toucher. Soulever. Transmuter. Tel est le mouvement.
La mémoire est alors libérée de sa charge de souffrance et progressivement remplacée par une vibration plus juste, plus lumineuse, plus vivante. Car il arrive parfois que la douceur seule ne suffise pas. Certaines mémoires sont tellement compactées par le temps, tellement enracinées dans l'être, qu'il faut détenir intérieurement la même puissance qu'un marteau-piqueur capable de traverser une dalle de béton. Non pour blesser, mais pour atteindre en un éclair ce qui demande à être libéré. Une libération à vitesse grand V lorsque cela devient nécessaire. C'est pourquoi le praticien qui accompagne ce type de travail doit être en mesure d'assumer sa propre puissance intérieure. Non pour l'imposer, mais pour la mettre au service de la guérison. Car lorsque la puissance est alignée à l'amour, elle cesse d'être une force de domination pour devenir une force de transformation.
Pour illustrer ce que je viens d'expliquer, je vais partager plusieurs expériences de vie qui m'ont permis de comprendre, non pas intellectuellement mais concrètement, ce qu'est réellement l'énergie de l'impact.
Bien avant que je ne franchisse l'âge de la trentaine, les anesthésies dentaires représentaient pour moi une véritable difficulté. Plusieurs praticiens avaient tenté d'endormir certaines dents sans parvenir à obtenir le résultat attendu. Malgré les injections, malgré les produits utilisés, la douleur demeurait présente. À cette époque, je ne comprenais pas encore tout ce qui se jouait à l'intérieur de moi. Je me souviens notamment d'une dentiste qui devait procéder à l'extraction d'une dent. Les anesthésies se succédaient et pourtant je continuais à ressentir la douleur. Plus les minutes passaient, plus la situation devenait éprouvante. J'étais accompagnée ce jour-là d'une amie qui assistait à la scène. Devant ma souffrance, elle finit même par intervenir afin que tout s'arrête. La praticienne ne comprenait plus ce qui se passait. Elle injectait, attendait, recommençait, sans parvenir au résultat souhaité. Finalement, elle abandonna et m'orienta vers un autre confrère. Ce qui est remarquable, c'est que l'anesthésie commença réellement à agir une fois sortie de son cabinet. Comme si quelque chose en moi avait résisté durant toute la séance avant de finir par céder. Pourtant, la quantité de produit administrée avait été considérable. Quelques jours plus tard, je rencontrai le second praticien. Dès les premières minutes, son attitude était différente. Son geste était précis, affirmé, direct. Il n'y avait ni hésitation ni tension inutile. Il y avait simplement une présence solide et parfaitement maîtrisée. J'ai immédiatement ressenti chez lui ce que j'appelle aujourd'hui une énergie d'impact. Cette énergie n'avait rien d'agressif. Elle n'était ni brutale ni dominatrice. Elle était simplement présente. Elle inspirait confiance parce qu'elle reposait sur la certitude intérieure de celui qui savait exactement ce qu'il faisait. En très peu de temps, l'anesthésie fonctionna parfaitement et l'intervention fut réalisée sans difficulté particulière.
Cet épisode m'a enseigné quelque chose d'essentiel. Une énergie forte n'est pas forcément une énergie violente. Une puissance vibratoire peut être ferme sans être brutale. Elle peut être intense sans être malveillante. Dans certaines situations, elle devient même l'élément indispensable qui permet de débloquer ce qui semblait jusque-là inaccessible. Au fil du temps, j'ai compris que cette réalité ne concernait pas uniquement le domaine médical. Elle concernait également le travail thérapeutique, la guérison émotionnelle et la libération des mémoires profondes.
Durant une grande partie de mon enfance et de ma vie d'adulte, j'ai été confrontée à différentes formes de violence, de dureté humaine et de comportements toxiques. Certaines expériences ont laissé des empreintes profondes à l'intérieur de moi. Comme beaucoup de personnes ayant traversé des situations difficiles, j'avais développé des mécanismes de protection, mais également des zones de paralysie intérieure dont je n'avais pas pleinement conscience. Après la naissance de mon enfant, j'ai ressenti le besoin d'entreprendre un travail plus approfondi sur moi-même. Je ne voulais pas que certaines blessures anciennes puissent inconsciemment influencer ma manière d'accompagner mon propre enfant dans la vie. C'est dans ce contexte que j'ai rencontré un psychologue à qui j'ai confié une grande partie de mon histoire. À l'issue de plusieurs échanges, il me dit une phrase que je n'ai jamais oubliée : " Vous avez été votre propre psychologue depuis l'enfance. Vous avez analysé, observé et compris énormément de choses ". Ces mots résonnèrent profondément en moi. Ils mettaient en lumière cette capacité que j'avais développée très tôt à observer les mécanismes humains et à chercher du sens dans ce que je vivais. En réalité, j'avais déjà beaucoup analysé mon histoire. J'avais passé des années à observer, comprendre, relier les événements entre eux et mettre des mots sur ce que j'avais traversé. Intellectuellement, de nombreuses pièces du puzzle étaient déjà en place. Mais comprendre n'est pas toujours guérir. Car si l'analyse permet d'éclairer une blessure, elle ne permet pas nécessairement de libérer l'énergie qui demeure enfermée à l'intérieur d'elle.
J'avais compris beaucoup de choses. J'avais identifié certaines causes, reconnu certains mécanismes et conscientisé de nombreuses souffrances. Pourtant, une part essentielle du travail restait encore à accomplir. Je n'avais pas véritablement évacué ce qui demeurait retenu à l'intérieur de moi. Certaines émotions étaient encore présentes. Certaines mémoires étaient encore vivantes. Certaines empreintes vibratoires continuaient d'habiter mon espace intérieur malgré toute la compréhension que j'avais pu développer.
C'est précisément à cet endroit que j'ai commencé à comprendre qu'il existe une différence entre analyser une blessure et la transmuter. L'une permet de comprendre l'histoire. L'autre permet de s'en libérer. C'est dans ce contexte que j'ai participé à plusieurs séances de musicothérapie. Au cours de l'une d'elles, la thérapeute plaça devant moi une grosse caisse. Elle me demanda de projeter symboliquement sur cet instrument l'image d'une personne qui m'avait profondément blessée. L'exercice semblait simple. Pourtant, il me fallut plusieurs séances avant d'être capable de passer à l'action. Quelque chose résistait encore à l'intérieur de moi. Comme si une partie de mon être demeurait figée devant l'expression de sa propre puissance. Mais cette résistance ne provenait pas uniquement de la peur. Elle provenait également de mes valeurs profondes. Car dans mon cœur, on ne frappe pas sa 'mère'. Même symboliquement. Cela n'appartenait pas à mon éducation intérieure. Cela n'appartenait pas à la nature profonde de mon être. Et malgré les blessures, malgré les souffrances traversées, malgré les oppositions constantes qui avaient pu exister entre elle et l'énergie de mon cœur, il demeurait en moi quelque chose qui refusait d'entrer dans une logique d'attaque ou de destruction. Car mon cœur ne peut vouloir détruire, même celle ou celui qui m'a profondément blessée.
Il ne peut vouloir anéantir. Il ne peut vouloir se venger. Ce n'est pas sa nature. Ce n'est pas sa vibration. Et c'est précisément là que se trouvait toute la difficulté de cet exercice. Car il ne s'agissait pas de détruire une personne. Il s'agissait de libérer une mémoire. Il ne s'agissait pas de frapper un être humain. Il s'agissait de permettre à une souffrance retenue depuis trop longtemps de quitter enfin l'espace intérieur où elle demeurait enfermée. La différence était immense. Mais à cette époque, une partie de moi ne la percevait pas encore pleinement.
Puis un jour, la retenue céda. L'impact sortit. Non pas sous la forme d'une violence dirigée contre quelqu'un, mais sous la forme d'une libération. Une énergie longtemps enfermée trouva enfin un chemin d'expression. Une mémoire figée se remit en mouvement. Une souffrance ancienne commença à quitter l'espace où elle demeurait prisonnière. À la fin de cette séance, je me retrouvai blottie dans les bras de la thérapeute, comme un enfant venant de déposer un poids devenu trop lourd à porter. Je me souviens également d'une phrase qu'elle prononça ce jour-là. Alors que nous échangions autour de Dieu, elle me confia qu'elle n'avait jamais réellement cru en Dieu. Puis elle ajouta : « Au vôtre, par contre, j'y crois ». Ces quelques mots m'ont profondément marquée. Non parce qu'ils validaient quoi que ce soit, mais parce qu'ils témoignaient de ce qu'elle avait perçu à travers ce processus de libération.
Cette expérience m'enseigna que l'énergie de l'impact ne sert pas uniquement à poser des limites face aux autres. Elle peut également permettre de briser les murs que nous avons construits à l'intérieur de nous-mêmes afin de survivre à certaines blessures. Elle peut devenir la force qui déracine une mémoire traumatique lorsque celle-ci demeure enfouie depuis trop longtemps. Elle peut devenir l'énergie qui remet en mouvement ce qui était figé, qui ouvre ce qui était fermé et qui redonne vie à ce qui semblait condamné au silence. C'est souvent à cet instant que débute la véritable guérison. Car ce qui est retenu finit toujours par demander à être exprimé. Et lorsque cette expression se fait dans un cadre juste, accompagné et sécurisant, elle devient un puissant moteur de transformation intérieure.
J'ai alors compris qu'il existe une différence fondamentale entre la puissance qui cherche à dominer et la puissance qui cherche à libérer. L'une enferme, l'autre ouvre. L'une écrase, l'autre relève. L'une alimente la peur, l'autre permet à l'être de retrouver progressivement sa liberté. Et c'est précisément à cet endroit que l'énergie de l'impact révèle sa véritable nature.
Non pas comme une force de destruction. Mais comme une puissance de libération. Une puissance capable de toucher ce qui demeure enfoui. De soulever ce qui doit être révélé. Puis de transmuter ce qui demande à être transformé. Car parfois, quelques secondes suffisent là où des années de souffrance avaient figé le mouvement de la vie. Et lorsque la mémoire cède enfin, ce n'est pas la violence qui apparaît. C'est l'espace.
L'espace de respirer autrement. L'espace de se relever. L'espace de redevenir pleinement soi-même. C'est alors que l'être cesse peu à peu de survivre à son histoire. Et commence enfin à vivre.
La guérison des mémoires d'impuissance constitue souvent le premier pas vers la reconquête de soi.
Mais que se passe-t-il lorsque la vie nous confronte encore à des personnes toxiques ou à des comportements malveillants ?
Comment reprendre sa place sans tomber dans la peur, la colère ou la domination ?
🕯️ C'est ce que nous découvrirons ensemble dans le prochain chapitre.
CHAPITRE 3 : REPRENDRE SON POUVOIR FACE AUX ÉNERGIES TOXIQUES ET AUX PERSONNES MALVEILLANTES
À bientôt.
Valéria
@Au Coeur de l'Être _ 1/06/2026
Ajouter un commentaire
Commentaires